La société régionale flamande de transport en commun De Lijn va supprimer dès septembre plus de 200 lignes de bus destinées au transport des élèves vers l'enseignement spécialisé, rapporte le quotidien Het Laatste Nieuws. L’information a été confirmée par De Lijn à la rédaction de la VRT. Selon un coordinateur du transport scolaire qui a participé à une réunion d'information en ligne, 204 lignes sont concernées. De Lijn confirme la suppression de certaines lignes, mais ne donne pas encore de nombre précis. Conséquences : les trajets des élèves seront plus longs et la mise en place de points de ramassage centralisés est envisagée. "En tant qu’établissement scolaire, nous ne pensons pas que cette solution soit viable", s’inquiète une directrice d’établissement.
De Lijn va supprimer plus de 200 lignes de bus destinées aux élèves de l'enseignement spécialisé, les écoles sont inquiètes
Cette mesure d'économie s'explique par la volonté de la ministre flamande de la Mobilité, Annick De Ridder (N-VA), de voir la société de transport en commun respecter son budget de 139 millions d'euros pour la prochaine année scolaire. Actuellement, De Lijn utilise chaque année environ 11 millions d'euros supplémentaires sur les fonds destinés au transport régulier par bus afin d'assurer le transport de tous les élèves vers leur établissement scolaire.
De Lijn affirme que chaque élève pourra toujours se rendre à l'école en bus – une priorité de la société régionale de transport -, même si sa ligne devait être supprimée ou regroupée avec une autre ligne. Ce qui pourrait entrainer des changements d’itinéraire pour certains écoliers.
Certains trajets seront cependant ainsi rallongés et il ne sera plus possible de garantir qu'un aller simple dure au maximum 90 minutes. Conformément à une norme convenue entre De Lijn et le gouvernement flamand, les élèves de l’enseignement spécialisé doivent en effet bénéficier d'un temps de trajet maximal de 90 minutes.
Des points de ramassage centraux?
De Lijn affirme être en discussion avec tous les établissements scolaires afin de réduire le temps de trajet des écoliers autant que possible. La société envisage notamment de ne plus aller chercher chaque élève à son domicile. Il serait question de "créer des points de ramassage centraux à l'entrée de chaque quartier. Nous allons étudier cette possibilité avec tous les établissements."
"Nous souhaitons également dialoguer avec les écoles afin d'étudier les possibilités d'utiliser les transports en commun réguliers, de se rendre à l'école à vélo ou à pied. Bien entendu, sous surveillance." Certains enfants n’habitent en effet pas très loin de leur établissement scolaire, mais les trajets que leur impose De Lijn pour rationaliser les transports vers les écoles spécialisées sont démesurément longs.
Réactions politiques
Le député libéral flamand Jasper Pillen (Anders) appelle à revoir cette décision. "Dans une région riche et prospère comme la Flandre, nous ne pouvons accepter que des élèves vulnérables fassent les frais de choix politiques. Un transport scolaire de qualité n'est pas un luxe, mais une condition essentielle pour leur offrir toutes les chances de réussite", a-t-il réagi.
Le parti socialiste Vooruit a également dénoncé les coupes budgétaires, et réclame une réforme en profondeur des transports scolaires. "Il est vraiment pénible et préjudiciable aux enfants de constater qu'aucun progrès n'a été réalisé dans ce domaine durant cette législature, et qu'en plus, des coupes sont maintenant effectuées sans solution de rechange", a déploré la députée flamande Gianna Werbrouck.
"Quel que soit le ministre responsable, une réforme sérieuse, qui aille au-delà des simples coupes budgétaires, doit être mise en œuvre rapidement pour les élèves et leurs parents, ainsi que pour le personnel, qui vit désormais dans l'incertitude", a ajouté Els Robeyns, du même groupe. La situation ne peut pas continuer ainsi."
Les écoles sont inquiètes
Les directions d'établissements scolaires ont déjà exprimé leur inquiétude face à la proposition d'utiliser des points de ramassage centralisés. "Ce n'est pas une bonne idée", déclare An De Coster, directrice de l'école De Vinderij à Lokeren, au micro de VRT NWS.
"Faire attendre sur une place de marché des enfants présentant un handicap mental, de l'autisme ou un trouble du comportement posera inévitablement problème. En tant qu'établissement scolaire, nous ne voyons pas comment cela pourrait fonctionner. Comment allons-nous organiser cela ?"
Les élèves doivent déjà parfois changer de bus sur un parking. "Même cela pose des difficultés et nécessite une surveillance. Nous sommes absolument opposés à ce projet."
Sandra Simoens, directrice de l'école De Wissel à Genk, s'interroge également sur la prise en compte des difficultés et situations familiales spécifiques des enfants. "Cet élève est-il capable de se rendre à pied au point de ramassage ? Ses parents sont-ils disponibles pour l'accompagner ?".
Le calendrier de la communication est également source d'inquiétude pour l'école. "On nous a annoncé que De Lijn ne présenterait pas de première version du projet avant début juillet", explique Sandra Simoens. "Ce sera un véritable casse-tête de tout organiser et communiquer d'ici fin août." À cette date, l'école est normalement tenue d'informer tous les parents du nom du surveillant de bus et de l'heure de prise en charge des élèves.
Sandra Simoens espère donc pouvoir contribuer à l'élaboration de ce nouveau dispositif. "Nous connaissons nos élèves mieux que quiconque, bien sûr. Nous pouvons également impliquer les enseignants qui connaissent leur situation. Ils peuvent évaluer la faisabilité du nouveau dispositif en fonction du contexte familial."

