Les États membres de l'espace Schengen devraient être autorisés à instaurer temporairement des contrôles aux frontières dans des situations exceptionnelles. C'est la position que le gouvernement belge - représenté par la ministre de l'Asile et la Migration, Anneleen Van Bossuyt (N-VA) - défendra mardi lors d'une réunion du Conseil "Justice et Affaires intérieures" de l'Union européenne. Celle-ci fait suite aux événements survenus en fin de semaine dernière à Ceuta - enclave espagnole située sur le continent africain, frontalière avec le Maroc - où des tentatives massives et incontrôlées de franchissement illégal de la frontière ont mis sous pression la frontière extérieure de l'Union européenne.
La Belgique soutient l'instauration temporaire de contrôles aux frontières dans l'espace Schengen "dans des situations exceptionnelles"
En temps normal, les personnes sont libres de circuler au sein de l'espace Schengen sans contrôles systématiques aux frontières intérieures. Néanmoins, plusieurs États membres ont mis en place des contrôles temporaires au cours de l'année écoulée.
L'exemple le plus récent est celui de l'Italie, qui a instauré des contrôles aux frontières à la fin de la semaine dernière pour empêcher des migrants ayant rejoint à la nage Ceuta - une enclave espagnole jouxtant le Maroc- depuis le Maroc - de poursuivre leur route vers l'Italie.
Le gouvernement belge soutient que de tels contrôles peuvent être justifiés "dans des situations exceptionnelles", mais souligne que les mesures doivent toujours être "proportionnées, temporaires et ciblées". Après tout, l'accord de Schengen demeure "une pierre angulaire importante de l'intégration européenne et de la libre circulation des personnes".
Les dirigeants européens face à la crise migratoire
Une large coalition de 22 chefs de gouvernement européens, dont le Premier ministre belge Bart De Wever, a adressé samedi une lettre urgente au président du Conseil européen António Costa, à la présidente de la Commission Ursula von der Leyen et au Premier ministre irlandais. Cette initiative faisait suite aux récents événements survenus à Ceuta.
Les dirigeants soulignent que le système européen de migration et d'asile est exploité et mis à mal par les passeurs. Ils affirment clairement qu'une entrée illégale dans l'UE ne doit en aucun cas déboucher sur un droit de séjour légal. Les signaux pouvant suggérer le contraire (tels que des régularisations à grande échelle) créent un "effet d'appel" et doivent être traités.
Les signataires demandent à la présidence irlandaise de l'UE de convoquer dans les plus brefs délais une visioconférence des ministres de l'Intérieur de l'UE. Elle aura finalement lieu ce mardi. L'objectif est de coordonner une réponse, de mobiliser les instruments de l'UE (comme un renfort supplémentaire de Frontex) et d'apporter à l'Espagne le soutien nécessaire pour rétablir un contrôle efficace de la frontière extérieure.
Si l'étroite coopération entre l'Espagne et le Maroc pour le renvoi rapide des migrants en situation irrégulière est saluée, l'efficacité de la coopération plus large de l'UE avec le Maroc doit être évaluée et renforcée de toute urgence, estiment les signataires.
Bien qu'aucun flux de migrants en situation irrégulière vers l'intérieur de l'Europe n'ait été détecté à ce jour, les dirigeants se disent prêts à prendre toutes les mesures nécessaires - y compris le rétablissement ou le renforcement de contrôles temporaires aux frontières intérieures de l'espace Schengen - pour préserver l'ordre public.

